Helchteren ose-t-il le saut vers la Liga A ?
À la grande surprise de la communauté belge du volley-ball, l’équipe féminine de HVC Helchteren a gravi les échelons jusqu’au top 2 de la Nationale 1, la division juste en dessous de la Liga. Et ce, en compagnie de prétendants ambitieux tels que Darta Bevo Roeselare B, Stalvoc Beverlo, Grinta Lint, Limal Ottignies et Vamos Stekene–St.-Gillis-Waas. La lutte pour la montée est lancée. Il était grand temps de prendre le pouls du club helchterois.
Nous avons organisé une interview avec le président Marc Daniëls, également secrétaire général de la branche provinciale VV de Volley Limburg. L’entraîneur principal Pascal Gora était également présent. Nous lui avons posé des questions supplémentaires, notamment sur l’apport de sa compagne hasseltoise Tara Daerden, victime en 2020 d’une grave blessure en Suède. L’engagement de l’attaquante principale Lore Gillis, ancienne Yellow Tiger incontournable, a également été abordé.
Que représente Helchteren ? Géographiquement, on se situe au cœur du Limbourg, assez central sur l’axe nord-sud et partenaire logique de la commune voisine de Houthalen après la fusion imposée en 1977. Ainsi naquit Houthalen-Helchteren, une nouvelle entité de 30 000 habitants. Ce n’est qu’en 2000 qu’eut lieu la fusion des clubs de volley HVS Houthalen (hommes, président Marc Daniëls) et HVC Helchteren (dames, feu le président Roger Goossens). En 2005, Marc Daniëls prit la présidence du club fusionné. Seule l’équipe féminine, pleine d’énergie, a tenu bon et veut aujourd’hui écrire un nouveau chapitre. Avec un grand P : la promotion. À nouveau. Cette fois vers la Liga. Pardon ?
Oui, tout à fait. Depuis 2021, HVC a clairement passé plusieurs vitesses supérieures. Porté par un vent favorable ?
Marc Daniëls (M.D.) :
« HVC visait depuis longtemps un niveau plus élevé, de manière très progressive. En 2015, nous sommes montés de la Promo 1 limbourgeoise à la Nationale 3. Sept ans plus tard, en 2022, nous avons accédé à la Nationale 2. La saison passée, nous avons terminé premiers de manière spectaculaire : 22 victoires consécutives, champions invaincus, seulement six sets perdus. Une euphorie totale. Peut-être un an trop tôt selon nos prévisions, mais soit. Nous avons prouvé que nous pouvions évoluer à ce niveau. Une montée en Liga, deux promotions consécutives, ce serait totalement inédit. Et une excellente nouvelle pour le volley féminin limbourgeois, qui retrouverait enfin un club parmi le top 12 belge. »
Pascal Gora (P.G.), récemment promu lieutenant-colonel dans l’armée belge :
« Nos performances en Coupe du Limbourg ont également marqué les esprits. Lors de notre première saison avec Jurgen Holtof comme T2, nous avons atteint la finale contre Datovoc Tongeren (2-3). L’an dernier, nous avons pris notre revanche (victoire 3-1). Cette saison encore regorge de belles prestations. En Nationale 1, le nombre élevé de matchs en cinq sets est frappant, signe d’un nivellement du niveau. Notre politique de transferts ciblée a porté ses fruits avec les arrivées de Ghislaine Smeets, Lore Gillis, Noa Peeters, Elise Baert et Nina Bussé. »
Tout cela grâce à une vision claire du comité ?
M.D. :
« Exactement. Nous avons bâti sur des bases solides, avec l’objectif d’améliorer nos résultats chaque année. Le manager sportif Kurt Vranken a été une recrue exceptionnelle, tout comme Erik Ceyssens, membre du comité sportif. Il gère avec son épouse la cafétéria du hall sportif et ressent parfaitement ce qui vit au sein du club. Nos autres administrateurs s’investissent pleinement sur les plans logistique, social et financier. Nous bénéficions d’un solide réseau et du soutien de nombreux sponsors fidèles. Notre plus grande force : un mot est un mot. Nous respectons scrupuleusement nos engagements, et cela crée la confiance. »
Qu’en est-il des infrastructures ? Sont-elles homologuées pour la Liga ?
M.D. & P.G. :
« La salle communale de Helchteren est belle et spacieuse, mais malheureusement pas assez haute. Elle fait toutefois partie intégrante de notre identité. Nous aurons prochainement une visioconférence avec Marie De Clerck, CEO de la Liga, concernant d’éventuelles dérogations sportives et mesures transitoires. Nous attendons cet échange avant toute déclaration ferme. »
Nous évoquons avec le T1 genkois Pascal Gora la situation de sa compagne originaire de Hasselt, Tara Daerden (36). Pascal, comment va-t-elle aujourd’hui ?
P.G. : « Tara m’a donné sa freedom of speech, je peux donc en parler. Elle préfère elle-même ne plus le faire. Elle a toujours du mal à digérer tout ce qui lui est arrivé. Elle a pourtant connu de très belles années : des titres nationaux avec Datovoc Tongeren, des Coupes du Limbourg notamment avec Mavo Dilsen-Stokkem (où j’étais son entraîneur), ainsi que des présélections chez les Yellow Tigers. Et surtout : Tara est une femme extrêmement intelligente. Elle est ingénieure industrielle en biochimie, titulaire d’un master en sciences biomédicales à l’UHasselt et d’une formation complémentaire D. Elle travaille aujourd’hui au service des sports de la ville de Genk. »
Après son parcours réussi en Belgique, elle pouvait entamer une carrière européenne en 2018. Tout semblait ouvert… jusqu’au coup du sort ?
P.G. :
« Oui. Elle a transféré à Gislaved, en Suède, à une heure de Göteborg, un rêve pour une passionnée de Scandinavie. Après une saison, elle est passée par IBSA CV Palmas et CV Madrid, où elle a été confrontée à la crise du Covid-19 et à l’arrêt total des compétitions. Lors de la saison 2020-2021, elle est revenue à Gislaved. Mais le 12 décembre 2020, lors d’un déplacement à Örebro, à quatre heures de car et loin de chez elle, le destin a frappé.
Une blessure terrible : une rupture du tendon d’Achille, déchiré et irrégulièrement sectionné. Dramatique. L’intervention chirurgicale a nécessité une incision de près d’un demi-mètre, de la cheville jusqu’à l’arrière du genou, refermée par des dizaines de points de suture. Terrible. La charge physique et mentale était énorme… pouvait-elle encore revenir au plus haut niveau ?
Elle a dû se rééduquer pendant près de deux ans, dans le doute et la douleur permanente. En 2022, le pire semblait derrière elle, avec l’aide précieuse de son excellent kinésithérapeute de Bilzen. Elle a encore essayé à KRC Genk et chez nous, à Helchteren. Mais jouer au volley avec deux jambes aux sensations totalement différentes, déséquilibrées, n’était pas viable à long terme. Elle a dû arrêter.
Heureusement, elle est aujourd’hui une personne de confiance et un point de contact pour notre équipe première. Elle soutient le groupe, crée du lien et m’accompagne une fois par semaine à l’entraînement. Elle s’est fixé de nouveaux défis : des cours du soir d’espagnol (après des cours réussis de suédois) et, de manière intensive, l’équitation au manège Woutershof à Alken. »
Tara joue donc encore un rôle important en dehors du terrain. Une belle évolution pour elle. Quel est l’impact de l’ancienne Yellow Tiger Lore Gillis (37) au sein de l’équipe ?
M.D. :
« Son immense expérience est une richesse inestimable. Lore a joué à Bree, Hechtel, Tongeren, VDK Gent, Oudegem, Jaraco As et Ladies Volley Limburg, avec des sommets en compétitions européennes (CEV et Challenge Cup). Elle a également disputé des matchs internationaux en Golden League européenne et en World League FIVB.
Elle a fait ses débuts avec les Yellow Tigers à l’Euro 2007 à Hasselt. Le sommet absolu reste la médaille de bronze à l’Euro 2013 à Berlin, suivie de la Final Six en 2014 à Tokyo. En 2022, elle a mis sa carrière entre parenthèses pour fonder une famille. Ce qui la rend exceptionnelle, c’est qu’elle a tout vécu et reste pourtant extrêmement motivée. Elle fait clairement mieux tourner HVC, entraîne le groupe et fait la différence dans les moments décisifs. Chapeau ! Nous espérons sincèrement qu’elle restera. Sans Lore, nous perdrions notre véritable leader. »
Lore est donc indispensable en Ligue pour inspirer les plus jeunes ?
P.G. :
« Absolument. En plus des recrues mentionnées, notre équipe repose sur un noyau de jeunes talents : la libéro Lotte Pareyn (2008), la capitaine Celine Reijmen (2000, RH), Jella Mentens (2000, RH), Noor Janssen (2004, libéro), Jess Daniëls (2007, RH/opposite) et les jumelles de Lummen Marie (2004, centrale) et Emma Meynckens (2004, passeuse), sœurs de Laura, qui brille à Thuismakers Brabo Antwerp VT. »
Le format de la Ligue vise douze équipes, soit une de plus que cette saison. Sans relégation. Allez-vous occuper cette douzième place ?
M.D. et P.G. (d’une seule voix) :
« Nous attendons le contact avec la CEO Marie De Clerck. L’envie de monter est bien là. Cela impliquerait de passer de deux à trois entraînements par semaine. Mais nous voulons construire durablement, sans décisions irréfléchies.
Darta Roeselare B pourrait être champion, mais ne peut pas monter à cause de son équipe A. Le deuxième n’est pas obligé de monter. Saisirons-nous l’opportunité si elle se présente ? Peut-être, car dans le contexte actuel, nous pouvons rivaliser avec des clubs de Ligue comme Gand, Geel, Michelbeke ou Zoersel. Nous n’excluons rien.
HVC tient toutefois à souligner que chaque membre du club, à tous les niveaux, doit bénéficier de chances optimales. La pyramide du club doit rester équilibrée, pour le bien de nos quatre équipes seniors, de nos équipes de jeunes et de nos formations en VKS. »
Lore Gillis a eu le dernier mot. Prolongera-t-elle d’une saison ?
Lore :
« J’aime toujours énormément jouer au volley. HVC se trouve à quinze minutes de chez moi. Mon mari travaille toutefois en semaine en Suisse. Heureusement, je peux compter sur l’aide de mes parents et de babysitters pour nos enfants, Finn (8 ans) et Nora (3 ans). Ma famille reste la priorité absolue.
La saison est encore longue, nous sommes deuxièmes et beaucoup peut encore changer. Ma décision dépendra de l’équilibre entre le sport, ma famille et mon travail d’enseignante en volley à la Topvolley Academy Mosa-RT Maaseik-Kinrooi, où j’enseigne également les sciences du sport. Mon quotidien est très chargé, il faut que tout reste praticable. »
Texte : LP
Photos : HVC Helchteren